Import Export

 

Je suis dans l'importation d'Arlequins. De ceux qui portent collerette, masque et chapeau pointu sur l'habit à grands losanges de couleur. Mais savez-vous que l'on m'a refusé le permis d'importation parce que mes lots ne contenaient que des Arlequins sans losanges. La galère administrative... Selon eux, il ne s'agissait pas d'Arlequins. De savants experts, ces gratte-papiers de Toronto. Il a fallu que je mène de vastes recherches pour leur prouver que l'Arlequin traditionnel porte les losanges, mais que l'habit est parfois agrémenté de larges rayures noires. Avec de gros rires, ils m'ont demandé si l'habit à rayures était réservé aux Arlequins qui se tenaient mal. Les bagnards, quoi.


Je les ai enfin convaincus qu'il s'agissait bien d'Arlequins, mais ils ont alors porté leur attention sur les ficelles. Ces Arlequins avaient des fils partout. C'est mon associé, un gars qui fait le bonhomme de neige au carnaval de Québec, qui avait spécifié les ficelles sur la commande. Je ne sais pourquoi.


Finalement, ils ont eu gain de cause. De guerre lasse, j'ai renvoyé les lots au fournisseur. Et puis, j'en avais assez de leur demander de prononcer « ar-le-quin » et non « a-le-quouine ». L'importation c'est fini.


Maintenant, je suis dans l'exportation. J'ai mené des études de marché et je me suis lancé dans la vente du canot.  Ça part comme des petits pains. Outre-Atlantique, on se les arrache.